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Philippe CREVEL
7, Bd HAUSSMANN
75009 PARIS
phcrevel@yahoo.fr

Un an de Barack Obama, entre enfer et purgatoire

Barack Obama était attendu comme le messie. Un an après son élection, il a réussi à sortir les Etats-Unis de la plus violente récession enregistrée depuis 1929 au prix d’un déficit public abyssal. En revanche, il n’a pas encore réussi à endiguer le chômage. La défaite du parti démocrate dans le Massachusetts pour le remplacement de Ted Kennedy a été imputé à la politique conduite par le nouveau Président. pour certains, il aurait fait trop de concessions à l’opposition en essayant d’obtenir un consensus ; pour d’autres, il a été lâché par les électeurs centristes qui ne l’ont pas suivi sur la réforme de l’assurance maladie. La montée des dépenses publiques est jugée préoccupante par une majorité des Américains. Pour atténuer les torts du Président, il faut souligner que la candidate démocrate n’a pas réalisé une bonne campagne.

Barack Obama aura du mal à remporter les élection de mi-mandat ce qui ne constituera pas loin de là un précédent. Il lui reste en revanche trois ans pour inverser la tendance et surtout refaire des Etats-Unis une machine à créer des emplois. Contrairement à ses engagements, il a passé beaucoup de temps en dehors du pays afin de restaurer l’image des Etats-Unis. Les visites internationales risquent de se ralentir pour permettre au Président de mieux coller aux attentes de son électorat.

1. une prise de fonction dans un contexte économique extrêmement dégradé

Barack Obama a pris ses fonctions en pleine récession, la récession la plus violente que l’économie américaine a connue depuis celle de 1929.

Cette récession, à tort ou à raison, a été imputée, en termes de responsabilité, aux Etats-Unis avec comme symbole médiatique, les subprimes.

Cette crise dont il a hérité dépasse le problème de l’endettement excessif des ménages américains et celui des Etats-Unis.

La crise qui a commencé dans les faits dès 2007 est économique et financière ainsi que mondiale (une première) et est par sa vitesse de contagion la première crise de l’ère numérique. Elle est la conséquence de la multiplication des déséquilibres : monétaires, financiers, commerciaux.

Cette crise a contribué à dégrader l’image des Etats-Unis déjà atteinte par la guerre en Irak.

Barack Obama a du donc marquer son territoire en démontrant que les Etats-Unis demeuraient la première puissance économique, contrecarrer les volontés hégémoniques de la Chine et restaurer l’image de son pays à l’extérieur.

2. Barack Obama a poursuivi en amplifiant la politique mis en œuvre par l’administration républicaine

L’équipe d’Obama a été associée après son élection au mois de novembre 2008 aux différentes mesures prises pour contenir la crise (plan Paulson).

De ce fait, la politique de Barack Obama se caractérise plus par une amplification que par une rupture par rapport à celle menée par son prédécesseur.

L’année 2009 a été marquée pour les Etats-Unis par la fin de la récession à partir du deuxième trimestre grâce au plan de soutien et à l’assainissement du système financier.

Le plan de soutien a été d’un montant sans précédent sur une courte période : 5,7 % du PIB.

Le secteur de l’automobile et le premier assureur mondial, AIG, ont été de fait nationalisés.

La FED a joué un rôle de grande ampleur : taux d’intérêt réduit au minimum, émission de liquidités, rachats de titres bancaires… La FED a racheté les dettes des deux banques de crédits immobiliers Fanie Mae et Freddie Mac pour 100 milliards de dollars. La Fed a aussi acquis des bons du Trésor pour 300 milliards de dollars.

Le Président a également lancé un plan de soutien à destination des propriétaires les plus modestes ainsi qu’un plan en faveur des infrastructures reposant sur des partenariats public-privé.

3. des résultats en demi-teinte et à confirmer

L’économie américaine est sortie de la récession à partir du second trimestre. Compte tenu des moyens mis en œuvre, un tel résultat n’est pas en soi un évènement ; le contraire l’aurait été.

Sur l’année, le PIB a reculé de 2,5 points soit moins que de nombreux pays de l’OCDE.

Ce résultat a été obtenu au prix d’un déficit budgétaire important : -11 % en 2009 contre -1,2 % en 2007 et -3,1 % en 2008.

En revanche, le taux de chômage est passé de 4,6 à 9,3 % de 2007 à 2009. En 2010, ce taux devrait dépasser les 10 %, du jamais vu depuis les années 80. 4,2 millions d’emplois ont été détruits.

Du fait de la récession, le déficit de la balance des paiements courants a été divisé par deux passant de -5,2 % à 2,3 % du PIB. La modération de la consommation des ménages explique le net ralentissement des importations. Après deux années de recul, la consommation des ménages a progressé de moins de 1 %.

L’économie américaine est confrontée à une rapide désindustrialisation que l’Europe connaît depuis 20 ans.

Le transfert de la production industrielle au profit de la Chine et plus généralement au profit des pays émergents concerne l’automobile mais aussi les secteurs de pointe (ordinateur, composants électroniques…).

Les tentations protectionnistes fréquentes chez les démocrates trouvent comme limite la nécessité de maintenir les liens financiers entre la Chine et les Etats-Unis dont l’interdépendance est devenue flagrante à l’occasion du G 20, la preuve étant que les experts parlent désormais de G2.

La Chine a besoin du marché intérieur américain pour croitre ; les Etats-Unis ont besoin des réserves chinoises pour financer leurs dettes.

Les Etats-Unis sont confrontés à :

• Un important déficit budgétaire mais dont la composante conjoncturelle est élevée (donc plus maîtrisable) • Un emballement de la dette publique par transfert des dettes privées • Un déséquilibre persistant de la balance commerciale • Un taux de chômage en progression

Les Etats-Unis disposent d’atouts importants :

Ils possèdent des marges de manœuvre en matière de prélèvements obligatoires qui n’atteignent que 30 % du PIB quand ils dépassent 40 % en Europe.

Ils restent le premier centre de recherche mondial et de ce fait ils sont des générateurs de gains de productivité et de nouveaux marchés.

Le marché américain reste le premier marché de consommation, le marché de référence.

Le dollar est La monnaie internationale. Les actifs américains sont peut être un peu moins attractifs financièrement mais ils sont sûrs. Nulle autre monnaie ne peut lui contester son rôle à court terme.

Barack Obama sera jugé sur sa capacité à enrayer la montée du chômage. Le redémarrage de l’économie américaine sera lent. Le taux d’épargne des ménages est passé de 0 à 6 points du revenu disponible brut en deux ans ce qui pèse sur la consommation mais permet à terme d’avoir une croissance moins spéculative.

Barack Obama a réussi à adopter la généralisation de la couverture santé, un des engagements majeur de sa campagne, généralisation contestée par une partie des élus et de l’opinion publique du fait de son coût et de son caractère obligatoire.


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